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Le Roi et l'Oiseau
Le Roi et l'Oiseau est un dessin animé français créé par
Paul Grimault, avec des textes de Jacques Prévert d'après
La Bergère et le Ramoneur de Hans Christian Andersen, et sorti
au cinéma le 19 mars 1980. Des extraits du film furent également
publiés aux éditions Gallimard quelques mois plus tard.
Ce film a connu une première vie sous le titre :
La Bergère et le Ramoneur sorti en 1953, avec un montage
différent, imposé par la production et désavoué par les deux auteurs.
En 1966, Paul Grimault récupère les droits et les négatifs du film
qui durait 62 minutes, puis redessine les scènes existantes, tourne
de nouvelles séquences et le remonte entièrement pour donner
Le Roi et l'Oiseau (87 minutes).
Les voix de La Bergère et le Ramoneur ainsi que la musique de
Joseph Kosma n'ont pas été utilisées pour Le Roi et l'Oiseau, seuls
quelques extraits musicaux de Kosma ont été repris.
Le roi et l'oiseau (1980)
Jean Martin : l'oiseau
Pascal Mazzotti : le roi Charles V + III = VIII + VIII = XVI
(Charles Cinq et Trois font Huit et Huit font Seize)
Raymond Bussières : le chef de la police
Agnès Viala : la bergère
Renaud Marx : le ramoneur
Hubert Deschamps : le sentencieux
Roger Blin : l'aveugle
Philippe Derrez : le liftier et le haut-parleur
Albert Medina : le belluaire et le haut-hurleur
Claude Piéplu : le maire du palais
et Lionel Charpy, Jacques Colombat, Jean Herbert
Robert Lombard, Jean Mermet, Vincent Montrobert
Pierre Risch, Bruno Sermone, Jean Vimenet, Jeanne Witta.
La Bergère et le Ramoneur (1953)
Pierre Brasseur : l’oiseau
Fernand Ledoux : le roi
Anouk Aimée : la bergère
Serge Reggiani : le ramoneur
Autour du film
Ce film fourmille de références :
la « ville basse » ressemble à celle de Metropolis de Fritz Lang
le travail à la chaîne fait penser aux Temps modernes de Charles Chaplin
certains décors évoquent les peintures de Giorgio de Chirico
les jeux de trappes rappellent la trappe d'Ubu d'Alfred Jarry
Le film est le symbole d'une profonde amitié, celle de Grimault
et de Jacques Prévert, qui meurt en 1977, avant la sortie du film.
Lors de la première projection, Paul Grimault avait réservé une place
à côté de lui, pour Jacques Prévert.
Le film est une aventure humaine ; le fruit d'une collaboration
étroite de nombreux techniciens du monde de l'animation, formés
en même temps que le film progressait. Cette équipe était
techniquement exceptionnelle ; ce qui lui a permis de s'affranchir
du modèle d'Outre-Atlantique, en particulier de se distinguer des
studios Disney.
On oppose là la beauté plastique de l'oiseau : son plumage
multicolore où le noir de ses ailes met en valeur le rouge de
son bec, le vert de son ventre, le jaune de son visage, ses plumes
bleues à la beauté plastique du robot. Celui-ci provoque un
sentiment d'horreur par sa couleur froide, gris-bleu et son volume.
Les oiseaux, symboles de liberté, et les enfants qui s'aiment
vaincront le totalitarisme et la terrifiante technologie que
repésente le robot.
La scène finale où le Robot libère le petit oiseau et écrase
sa cage est la dernière sur laquelle ont travaillé Prévert et Grimault.
À cette époque, Prévert était déjà hospitalisé.
Il a réuni 1,7 million de spectateurs au cinéma en 1980.
Synopsis
Le roi Charles V + III = VIII + VIII = XVI
(Charles Cinq et Trois font Huit et Huit font Seize) est un tyran
qui gouverne le royaume de Takicardie. Ce roi est amoureux d'une
charmante bergère, mais le cœur de la jeune fille est pris par un
petit ramoneur « de rien du tout »
(ces deux personnages sont sortis de tableaux présents dans la chambre royale, ainsi
que le roi qui règne après que la police aie pris en chasse le ramoneur
et la bergère). Grâce à l'aide d'un oiseau, qui a l'habitude de narguer
le roi, ceux-ci arrivent à s'enfuir du palais royal, poursuivis par la police.
Le film évoque cette poursuite avec poésie et douceur.
Commentaire
Ce film est aussi un hymne contre le totalitarisme et si on
le regarde attentivement, on peut y relever des allusions au
nazisme et au stalinisme (culte de la personnalité). Il reprend des
thèmes chers à Jacques Prévert, tels que la liberté et l'amour.
On retrouve également la dénonciation du racisme, lorsque la statue
du chevalier dit au deux amoureux qu'ils ne peuvent pas se marier
car ils ne sont pas de la même couleur.
Le roi est un personnage méprisable, colérique et terriblement
égocentrique: il a le droit de vie ou de mort sur ses sujets, tout
ses proches collaborateurs lui obéissent aveuglément et il est
entouré d'incompétents et d'imbéciles. Et pourtant, Grimault fait
apparaître le personnage dans sa
complexité, sa solitude, sa détresse, parfois touchantes.
Le film dépeint une monarchie absolue ou une tyrannie.
Ce film fait aussi largement référence au thème de l'art au service
de la propagande. Les nombreuses «œuvres d'art»
(sculptures, peintures, monuments gigantesques) à l'effigie du roi
sont si nombreuses et grotesques que tous ces objets ne possèdent
plus en quelque sorte l'attribut d'être de l'art, n'étant seulement que
de la pure propagande. Il y a une scène particulière où le roi, regardant
au travers d'une fenêtre, voit une représentation de lui armé d'une lance
et tuant un gigantesque rhinocéros. L'objet véhicule un mensonge, à savoir
qu'il représente le souverain comme un puissant guerrier et chasseur.
Ce genre de représentation existait dans le Proche-orient ancien, en
Mésopotamie, sous certaines dynasties.
La cité de Takicardie est un mélange harmonieux de monuments de divers
époques et de villes différentes comme le Pont des Soupirs de Venise. Il
y a par ailleurs une partie entière de la ville de Takicardie dont les
seules voies de circulations sont des canaux.
Les objets d'art prennent vie dans le film, ce qui contribue à renchérir
son propos et sa poésie.
Fiche technique
Réalisation : Paul Grimault ; assistant : Émile Bourget
Scénario : Jacques Prévert et Paul Grimault d'après La bergère et
le ramoneur de Hans Christian Andersen ; dialogues de Jacques Prévert
Production : Les Films Paul Grimault, les Films Gibé, Antenne 2
Musique : Wojciech Kilar, interprétée par le Grand Orchestre
Symphonique de la Télévision Polonaise de Katowice sous la direction
de Stanislaw Wislocki
Les chansons extraites du film La Bergère et le Ramoneur paroles
de Jacques Prévert ont été composées par Joseph Kosma chantées par
Jacques Jansen, Eric Amado, Jean Martin éditions Enoch et Cie
Décors : Paul Grimault, avec la collaboration artistique de Lionel Charpy
et Roger Duclent
et pour les extraits de La bergère et le ramoneur :
L. Danet, R. Duclent, B. Fiévé, M. Saufnai, E. Zilahy pour les décors
et G. Helbig pour le traçage et le gouachage
Animation :
Gabriel Allignet, Pierre Brasseur, Marcel Colbrant, Alain Costa
Guy Faisien, Henri Lacam, Philippe Landrot, Philippe Leclerc
Franco Milia, Bernard Roso, Alberto Ruiz, Jean Vimenet, Pierre Watrin
assistante : Coraline Yordamlis
et pour les extraits de La bergère et le ramoneur : Henri Lacam
G. Allignet, J. Aurance, Gilbert Dubrisay, R. Dumotier, L. Dupont
R. Genestre, P. Granger, G. Juillet, P. Landrot, J. Leroux, L. Logé
R. Moreau, J. Mutschler, P. Ovtcharoff, J. Rannaud, R. Richez
R. Rosé, A. Ruiz, R. Ségui, J. Vausseur, P. Watrin
Traçage : Gigi Bonnin, Simone Bruyères, Lidia Cardet, Françoise Gillot
Colette Jacquemot, Charlotte Roger
Gouachage : Madeleine Camolli-Beauchesne, Frédérique Doyère et Pierre Grimault
Choix des voix et collaboration artistique de Pierre Prévert
Prises de vues Gérard Soirant
Enregistrement des voix : Claude Panier, Bob Chaubaroux
Effets sonores : Henri Gruel
Prise de son : René Hanotel
Montage son : Aline Asséo et René Chaussy
Mixage : Jean Neny
Durée : 87 minutes (1 h 27)
Récompenses
1952 : La Bergère et le Ramoneur a été primé à Venise en septembre 1952.
1979 : Prix Louis-Delluc 1979, décerné en décembre alors qu'il
n'était pas encore sorti en salles.
2004 : Prix spécial du Jury DVD au Festival de Cannes 2004.
Restauration
Il a été restauré par StudioCanal, puis présenté en projection numérique
haute définition au Festival de Cannes 2003.
Un double DVD de cette version remasterisée est sorti pour Noël 2003
contenant entre autres :
Le Roi et l'Oiseau,
La Table tournante,
un documentaire sur Le Roi et l'Oiseau,
une interview de Paul Grimault.